
Lorsqu’on évoque l’Afrique, il est désormais impossible d’ignorer l’ébullition créative qui anime le continent. De Lagos à Johannesburg, de Dakar à Nairobi, les arts, la musique, le cinéma, la mode et même les jeux vidéo africains rayonnent bien au-delà des frontières. Pourtant, ce dynamisme culturel, souvent applaudi, peine encore à se traduire en une véritable puissance économique. La créativité africaine est une richesse inestimable, mais son potentiel industriel reste largement sous-exploité. Pourquoi, et surtout comment y remédier ?
Un soft power qui s’impose
La musique illustre parfaitement cette montée en puissance. Prenons l’exemple du tube planétaire Calm Down de Rema, l’artiste nigérian de l’afrobeats, qui a cumulé deux milliards d’écoutes sur Spotify en 2023. Ce succès, inédit pour un artiste africain, montre l’universalité de cette musique née sur le continent et qui, en quelques années, a conquis les dance floors du monde entier. À ses côtés, l’amapiano sud-africain, avec ses rythmes électro-jazz, gagne également en popularité. Ces genres ne sont plus de simples curiosités, mais des piliers d’une scène musicale mondiale en mutation.
Dans le cinéma, Nollywood, la deuxième industrie mondiale en termes de films produits, continue d’étendre son influence. Des œuvres comme The Black Book, thriller nigérian diffusé sur Netflix, attirent des millions de spectateurs à travers le monde. La mode africaine suit également cette trajectoire ascendante : ses designers s’imposent sur les podiums internationaux, redéfinissant les codes de l’élégance globale.
Ces succès témoignent de la vitalité du soft power africain. Ils rappellent que le continent regorge de talents et de créativité, prêts à rivaliser avec les grandes industries culturelles du monde. Mais cette influence reste encore fragile, faute d’un écosystème robuste pour transformer cette énergie en industries viables.
Un potentiel encore à structurer
Malgré ces succès, l’impact économique de la culture reste marginal sur le continent. Selon la Banque mondiale, les industries créatives ne représentent qu’1 % du PIB africain. Pourtant, le potentiel est immense. Olivier Madiba, fondateur du studio de jeux vidéo camerounais Kiro’o Games, résume bien cet enjeu : « Nous avons la chaleur humaine et le talent pour bâtir des chaînes de valeur autour du divertissement et de la culture. »
Le défi principal est le manque de structures et d’investissements. Les infrastructures sont souvent insuffisantes, les financements limités, et le soutien gouvernemental trop faible. Les créateurs peinent à accéder aux marchés internationaux et à protéger leurs œuvres. À cela s’ajoutent des difficultés liées à la distribution, au piratage, et à l’absence de cadres juridiques adaptés.
Vers une industrie culturelle africaine
Pour transformer cette richesse en véritable industrie, il faut une volonté politique forte. Les gouvernements africains doivent reconnaître la culture et le divertissement comme des secteurs stratégiques, au même titre que les matières premières ou l’agriculture. Cela passe par des investissements dans les infrastructures culturelles, la création de cadres juridiques adaptés pour protéger les créateurs, et des incitations fiscales pour attirer les investisseurs privés.
Les partenariats avec les plateformes internationales, comme Netflix ou Spotify, sont aussi essentiels pour offrir une visibilité globale aux artistes et producteurs africains. Mais ces collaborations doivent être équitables : il est crucial que les bénéfices générés par ces contenus reviennent en partie aux économies locales.
Enfin, l’éducation joue un rôle clé. Former les jeunes aux métiers de la culture, du numérique et de la gestion artistique permettra de structurer un écosystème durable et compétitif.
L’avenir est entre nos mains
La créativité africaine n’est plus à démontrer, mais l’heure est venue de la transformer en un levier économique capable de changer le destin du continent. En investissant dans la culture, l’Afrique ne mise pas seulement sur ses talents, mais sur une industrie d’avenir, porteuse de croissance, de création d’emplois et de fierté identitaire.
Alors, à quand une Afrique où la culture et le divertissement deviendront les nouveaux moteurs de son économie ? Le chemin est long, mais la destination en vaut la peine.