
Du 29 octobre au 2 novembre 2024, la ville de Belém, située au cœur de l’Amazonie brésilienne, accueille la 4e édition de la conférence internationale South America Water from Space. Organisé par l’IRD (Institut de Recherche pour le Développement), en collaboration avec le CNES et le Service Géologique du Brésil, cet événement rassemble plus de 250 scientifiques de quinze nationalités. Son objectif est d’examiner les défis liés au cycle de l’eau et d’évaluer les avancées scientifiques dans les domaines de l’hydrologie spatiale, une discipline clé pour l’observation et la gestion des ressources en eau, particulièrement en Amérique du Sud et en Afrique.
L’Hydrologie Spatiale : Observer les Ressources en Eau depuis l’Espace
L’hydrologie spatiale est une discipline scientifique qui utilise les technologies de télédétection, notamment les satellites, pour surveiller et analyser les ressources en eau sur les continents. Cette approche permet d’étudier des variables hydriques clés, comme les niveaux d’eau des rivières, les flux, la précipitation, et l’évapotranspiration, sur de vastes zones. Cette surveillance spatiale, capable de couvrir des régions entières, est devenue essentielle pour comprendre l’impact du changement climatique sur le cycle de l’eau et anticiper les défis environnementaux majeurs tels que les sécheresses et les inondations.
La mission SWOT (Surface Water Ocean Topography), lancée en décembre 2022 par la NASA et le CNES, est un des plus récents développements en hydrologie spatiale. Grâce à une résolution inédite, ce satellite fournit une cartographie précise de l’eau de surface à l’échelle mondiale, rendant possible une gestion plus proactive des ressources hydriques, tant pour la préservation des écosystèmes que pour les besoins humains.
Un aperçu historique de la conférence South America Water from Space
La conférence South America Water from Space a vu le jour en 2016, dans le but de créer un forum d’échange scientifique sur les systèmes hydriques en Amérique du Sud, avec un accent particulier sur les avancées de l’hydrologie spatiale. L’Institut de Recherche pour le Développement (IRD), le CNES, et le Service Géologique du Brésil (SGB) en sont les principaux instigateurs.
Les éditions passées, qui se sont tenues à Rio de Janeiro en 2016, Santiago du Chili en 2018, et Manaus en 2019, ont permis aux chercheurs de présenter leurs travaux, d’établir des collaborations et d’aborder des solutions concrètes pour la gestion des ressources en eau. À mesure que l’événement prenait de l’ampleur, un volet d’échanges avec l’Afrique a été introduit, tenant compte des défis hydriques similaires qui touchent les deux continents.
Cette quatrième édition, qui se déroule à Belém, renforce le dialogue entre l’Amérique du Sud et l’Afrique, mettant en avant des stratégies de gestion commune et de coopération scientifique, dans une région qui sera au cœur des discussions mondiales lors de la COP 30 en 2025.
Un contexte climatique et anthropique alarmant
L’Amérique du Sud, connue pour ses vastes systèmes fluviaux tels que l’Amazone et le Paraná, subit d’importants bouleversements climatiques qui affectent directement ses ressources en eau. Le changement climatique, exacerbé par la pression anthropique, intensifie les cycles de sécheresses et d’inondations. Ces changements posent des défis colossaux, notamment dans le bassin amazonien, où les sécheresses de 2023 et 2024 sont les plus sévères jamais enregistrées. Les périodes de hautes eaux deviennent plus intenses, ce qui amplifie les risques d’inondations, une réalité qui pourrait devenir la norme sous l’influence du réchauffement global.
L’hydrologie spatiale : observer et comprendre le cycle de l’eau depuis l’espace
Pour mieux comprendre ces transformations et anticiper leurs conséquences, la communauté scientifique a développé l’hydrologie spatiale, une discipline qui repose sur la télédétection satellitaire pour observer les systèmes hydriques terrestres. À cet égard, la mission satellite SWOT (Surface Water Ocean Topography), une collaboration entre la NASA et le CNES lancée en décembre 2022, représente une avancée majeure. SWOT fournit des données précises sur la répartition et l’évolution de l’eau douce de surface, permettant ainsi une surveillance détaillée des masses d’eau sur tous les continents.
Les applications de ces données sont vastes : gestion des crues, régulation des ressources en eau pour l’agriculture, contrôle des prélèvements pour la consommation humaine, et préservation des milieux naturels. La conférence South America Water from Space permet aux participants de partager des résultats et de discuter des applications pratiques de ces technologies pour la gestion de l’eau.
Une coopération élargie avec l’Afrique
Cette édition de la conférence introduit un volet consacré à l’Afrique, mettant en lumière les défis communs que partagent l’Amérique du Sud et l’Afrique dans la gestion de leurs ressources en eau face aux changements climatiques. Avec la participation de chercheurs africains, notamment du Panel Scientifique pour le Bassin du Congo, la conférence stimule les échanges d’expertise, renforçant ainsi la coopération scientifique entre les deux continents. Ce rapprochement a pour ambition de construire une stratégie commune pour surveiller et gérer efficacement les ressources hydriques et de renforcer les réseaux académiques intercontinentaux.
L’importance de la science ouverte et de la formation
Les données issues de l’hydrologie spatiale sont accessibles librement et gratuitement à l’ensemble de la communauté scientifique. Cette approche de science ouverte permet une large diffusion des connaissances et favorise une observation continue des cycles hydriques mondiaux. Par ailleurs, les participants ont l’opportunité d’approfondir leurs compétences lors de sessions de formation sur les outils d’observation spatiale, tels que les données SWOT et l’altimétrie satellitaire.
Les ateliers et cours, organisés dans le cadre du projet FEFACCION, renforcent l’expertise des chercheurs, notamment des jeunes scientifiques et des femmes, en mettant l’accent sur l’égalité des genres dans le domaine scientifique.
Vers la COP 30 et un futur durable
La tenue de la conférence à Belém, future hôte de la COP 30 en 2025, est un symbole fort de l’importance de l’Amazonie dans la lutte contre le changement climatique. En rassemblant scientifiques et décideurs, la conférence « South America Water from Space réaffirme l’urgence de la coopération internationale pour préserver les ressources en eau, gérer durablement les écosystèmes et protéger les populations.